Le vision board a longtemps été présenté comme un exercice d'inspiration, un collage de rêves qu'on punaise au mur pour se rappeler ce qu'on veut. Beaucoup l'ont essayé, ont mis des photos de plages et de voitures de sport, ont attendu, et ont conclu que ça ne servait à rien.
Ils n'avaient pas tort sur le résultat. Mais ils se trompaient sur la cause. Le problème n'était pas l'outil mais la manière de l'utiliser. Parce que quand on comprend ce qui se passe réellement dans le cerveau, quand on regarde une image chargée d'intention, on cesse de traiter l'image comme un rappel motivationnel pour la traiter comme ce qu'elle est vraiment : un vecteur d'ancrage neurologique.
Sommaire
La théorie du double codage : pourquoi l'image renforce la trace mémorielle
En 1971, le psychologue Allan Paivio a formulé ce qui est devenu l'une des théories les plus solides de la psychologie cognitive : la dual-coding theory. Son principe est simple. Le cerveau dispose de deux systèmes d'encodage distincts : l'un verbal, l'un imagé. Quand vous lisez une phrase, c'est principalement le système verbal qui travaille. Quand vous regardez une image, c'est le système imagé. Mais quand vous combinez les deux, une phrase et l'image qui lui correspond, les deux systèmes s'activent simultanément, et la trace mémorielle créée est significativement plus forte que chacun des deux séparément.
Pour la pratique des affirmations, cela a une implication directe : une affirmation associée à une image s'ancre mieux, se rappelle plus facilement, et s'active plus rapidement que la même affirmation seule. Chaque fois que vous revenez voir l'image, vous réactivez aussi la trace verbale, c'est à dire l'affirmation elle-même, sans la relire pour autant.
Les neurones miroirs : voir, c'est déjà vivre
Le second mécanisme est peut-être encore plus puissant. En 1996, le neuroscientifique Giacomo Rizzolatti et son équipe ont découvert, chez le singe d'abord puis chez l'humain, une catégorie de neurones particuliers : les neurones miroirs. Ces neurones s'activent à la fois quand un individu réalise une action et quand il observe cette même action chez quelqu'un d'autre.
Ce qui s'applique aux comportements moteurs s'applique également, dans une certaine mesure, aux états émotionnels. Voir quelqu'un sourire active des circuits liés au sourire. Voir une image d'un état désiré, une scène de liberté, d'abondance, de lien affectif, active des circuits associés à cet état. Pas aussi intensément qu'en le vivant, mais suffisamment pour commencer à créer les associations que vous cherchez.
C'est pour cette raison qu'une image émotionnellement résonnante est infiniment plus efficace qu'une image générique. Ce n'est pas n'importe quel coucher de soleil qu'il vous faut, c'est le coucher de soleil qui provoque quelque chose en vous quand vous le regardez.
Jim Carrey, les études et la puissance de l'image mentale
Jim Carrey a raconté à plusieurs reprises qu'en 1987, alors qu'il était un acteur inconnu à Los Angeles, il s'était écrit un chèque de 10 millions de dollars à lui-même, daté de cinq ans dans le futur, avec la mention "pour services rendus". Il le gardait dans son portefeuille. En 1994, il a reçu exactement 10 millions de dollars pour son rôle dans Dumb and Dumber.
L'anecdote est célèbre, et on peut en sourire. Mais des recherches plus rigoureuses pointent dans la même direction. Une étude de Lien Pham et Shelley Taylor (1999) a comparé deux groupes d'étudiants se préparant à un examen : un groupe visualisait l'objectif atteint (la bonne note), l'autre visualisait le processus qui y menait (réviser, comprendre, se concentrer). Le second groupe avait de bien meilleurs résultats parce que la simulation du processus activait les comportements nécessaires.
Ce que cette étude enseigne sur les images : l'image du résultat final seul ne suffit pas. L'image doit être associée à un engagement, à une pratique, à un geste concret. C'est quand l'image incarne à la fois le désir et l'état d'être de celui qui l'a réalisé qu'elle devient vraiment opérante.